Un show historique devant 150 millions de téléspectateurs
Dimanche 8 février 2026, le Levi’s Stadium de Santa Clara vibrait au rythme du reggaeton. Bad Bunny devenait le premier artiste à assurer intégralement en espagnol la mythique mi-temps du Super Bowl.
Vidéo du show en bas de l’article
Pendant 13 minutes, Benito Antonio Martínez Ocasio a transformé la pelouse en célébration de Porto Rico et de l’Amérique latine. Un village portoricain recréé pour l’occasion, avec salon de beauté, vendeurs de glaces et joueurs de dominos, servait de décor à cette prestation électrique.
Le chanteur a ouvert avec l’entraînante « Tití me preguntó », avant d’enchaîner sur les titres de son album triple Grammy « DeBÍ TiRAR MáS FOToS ». Les standards « NUEVAYoL », « Monaco » et « El apagón » ont résonné dans l’enceinte sous les yeux de plus de 150 millions de téléspectateurs à travers le monde.
Lady Gaga en guest surprise
La plus grande surprise est venue de l’apparition inattendue de Lady Gaga. La star a livré une version salsa convaincante de son tube « Die With a Smile », Bad Bunny se substituant à Bruno Mars pour l’occasion.
Parmi les autres guests de marque figuraient :
- Pedro Pascal
- Cardi B
- Karol G
- Ricky Martin
Ce dernier a interprété « LO QUE LE PASÓ A HAWAii », morceau comparant la situation coloniale d’Hawaii à celle de Porto Rico.
Une brochette impressionnante de talents hispaniques qui ont transformé ce show en véritable manifeste culturel.
Trump réagit immédiatement sur Truth Social
Quelques minutes seulement après la fin du spectacle, Donald Trump explosait sur son réseau Truth Social. Le président qualifiait la performance d’« affront à la grandeur de l’Amérique ».
« Personne ne comprend un mot de ce que dit ce type », écrivait Trump, balayant d’un revers les 41 millions d’hispanophones américains. Son message trahissait une incompréhension totale face à cette célébration de la diversité culturelle.
Pour le président, ce « show » n’était « rien moins qu’une gifle à notre pays ». Une pétition réclamant le remplacement de Bad Bunny par le chanteur country George Strait avait d’ailleurs rassemblé plus de 130 000 signatures avant l’événement.
Une dimension politique assumée
Bad Bunny ne s’est pourtant pas lancé dans des critiques directes durant le spectacle. Mais son message était clair. L’écran géant a affiché en conclusion son mantra habituel : « La seule chose plus puissante que la haine, c’est l’amour ».
Le chanteur a également détourné le traditionnel « God Bless America » en défilé de drapeaux latino-américains, rappelant que l’Amérique compte 35 pays et non un seul.
Une semaine plus tôt aux Grammy Awards, l’artiste avait appelé à mettre « ICE dehors », en référence à la police de l’immigration. « Nous ne sommes pas des animaux, nous sommes humains et nous sommes américains », avait-il scandé après avoir remporté trois trophées dont celui d’album de l’année.
Il devenait ainsi le premier artiste à décrocher ce prix prestigieux avec un projet 100% hispanophone.
Un boycott américain assumé
Bad Bunny ne cache pas son opposition à l’administration Trump. En 2025, il a annulé toute tournée aux États-Unis, craignant que ses concerts ne servent de prétexte à des descentes de l’ICE contre les migrants.
À l’inverse, il a donné 31 concerts à Porto Rico, injectant près de 200 millions de dollars dans l’économie locale. Un geste fort pour celui qui revendique haut et fort son attachement à son île.
Des effets lumineux signés… Québec
Détail technique notable : ce sont les Québécois de l’entreprise PixMob qui ont illuminé la performance. Il s’agissait de leur septième collaboration consécutive avec le Super Bowl.
Grâce à leur technologie LED la plus lumineuse jamais conçue, les effets ont pu être visibles en plein jour. Le public s’illuminait dans des animations synchronisées avec le spectacle, créant un effet visuel spectaculaire.
Une polémique qui dépasse le sport
Certains supporteurs ironisaient en disant que le match entre les Seahawks et les Patriots faisait office de « première partie » au véritable événement de la soirée : le « Benito Bowl ».
Dave Grohl, batteur de Nirvana et frontman des Foo Fighters, semblait d’accord. Les caméras l’ont capturé buvant sa bière sur grand écran, visiblement détendu et amusé par le spectacle.
Pour Duane Welty Rivera, supporteur portoricain des Seahawks présent à Santa Clara, la politique passait au second plan. « Nous devons nous concentrer sur le fait que nous sommes unis », a-t-il souligné.
Green Day dans la ligne de mire
Avant le match, le groupe californien Green Day avait également électrisé le stade. Ouvertement hostile à l’administration Trump, la formation a été attaquée par le président dès l’annonce de leur participation en septembre.
Trump avait parlé d' »horrible choix », visant à la fois Bad Bunny et Green Day dans la même offensive.
Un artiste au sommet de sa gloire
Bad Bunny est aujourd’hui l’artiste le plus écouté au monde sur Spotify avec près de 20 milliards d’écoutes en 2025. Son ascension fulgurante l’a propulsé de son poste de caissier dans un supermarché de Porto Rico en 2016 à icône planétaire.
Né le 10 mars 1994 à Bayamón, il a grandi dans une famille modeste. Son père était chauffeur routier, sa mère institutrice. Élevé au rythme de la salsa et du merengue, il a commencé à écrire ses premiers textes à 14 ans sur Soundcloud.
Son nom de scène vient d’une anecdote d’école : un jour, il a été forcé de porter un costume de lapin pour une photo où il affichait un air furieux. Bad Bunny était né.
Au-delà de la musique
L’artiste ne se limite pas à la scène musicale. Il a fait des apparitions remarquées au cinéma dans « Bullet Train » aux côtés de Brad Pitt. Il s’impose aussi comme figure incontournable de la mode.
En 2023 au Met Gala, il avait foulé le tapis rouge dans un costume en tweed avec dos nu et longue traîne à fleurs. Aux Grammy Awards, il arborait un corset sur mesure Schiaparelli Haute Couture.
Mais sa passion la plus inattendue reste le catch. Fan depuis l’enfance, il a débuté à la WWE en 2021 avant de devenir champion WWE 24/7. Il a même participé à WrestleMania et affronté son ami Damian Priest dans un combat mythique à San Juan.
Une vie sentimentale discrète
Très réservé sur sa vie privée, Bad Bunny a néanmoins vu ses relations médiatisées. Après une longue histoire avec Carliz De La Cruz de 2011 à 2017, il a fréquenté la créatrice Gabriela Berlingeri jusqu’en août 2022.
Des rumeurs ont ensuite circulé sur une relation avec Kendall Jenner début 2023. Le couple s’était officialisé lors d’un défilé Gucci à Milan avant de se séparer en 2024. « Ils sont toujours amis mais ont pris leurs distances », confiait une source à Us Weekly.
Interrogé sur sa sexualité en 2020, l’artiste avait déclaré qu’elle était fluide, refusant toute étiquette figée.
Un message qui résonne
En clôture de spectacle, Bad Bunny n’a prononcé que quelques mots en anglais. Le traditionnel « God bless America » suivi d’une énumération de toutes les nations des Amériques.
Un rappel que les États-Unis s’identifient comme « l’Amérique », mais que cette dernière est constituée de 35 pays. Un continent, une diversité, une richesse culturelle.
Le spectacle de la mi-temps du Super Bowl 2026 restera comme un moment charnière. Bad Bunny a prouvé que la culture latino-américaine a toute sa place sur la plus grande scène sportive américaine. Et que l’espagnol, parlé par plus de 41 millions d’Américains, mérite d’être célébré.
Malgré les attaques de Trump, l’artiste a tenu son cap. Avec élégance, dignité et une énergie contagieuse. 150 millions de téléspectateurs ont assisté à ce moment historique où l’amour et la culture ont triomphé de la division.