Rick Rubin : de guitariste nul à génie absolu de la musique !

Rick Rubin, aujourd’hui l’une des figures les plus influentes de l’industrie musicale, a commencé son parcours bien loin des studios de production légendaires. Avant de fonder Def Jam et de produire des artistes aussi variés que Slayer, Johnny Cash ou les Beastie Boys, il jouait de la guitare dans un groupe de noise-rock nommé Hose. Ce groupe est tristement célèbre pour avoir enregistré l’une des pires reprises de Led Zeppelin jamais gravées sur vinyle.

Dans les années 1980, Rick Rubin n’était encore qu’un simple guitariste punk dans un groupe médiocre. En 1986, le label punk de Chicago Touch and Go a sorti une compilation intitulée God’s Favorite Dog. Ce disque de 12 morceaux est notamment connu pour inclure deux titres exclusifs du groupe Big Black, mené par le regretté Steve Albini, ainsi que des morceaux des légendaires Butthole Surfers. On y trouve aussi une version volontairement déglinguée de Sweet Home Alabama par Killdozer, un groupe communiste du Wisconsin, et quelques titres de Scratch Acid, un groupe punk texan qui a révélé David Yow et David Wm. Sims, futurs membres de The Jesus Lizard.

Les amateurs de rock underground américain connaissent et vénèrent au moins trois de ces groupes, ce qui fait de l’édition originale de God’s Favorite Dog un objet de collection. Pourtant, deux formations présentes sur la compilation restent plus obscures : Happy Flowers et Hose. Le premier se distingue surtout par ses pseudonymes absurdes (Mr. Anus et Mr. Horribly Charred Infant), tandis que le second s’est fait remarquer pour une reprise catastrophique de How Many More Times de Led Zeppelin. Un morceau qui explique aisément pourquoi Hose n’a jamais atteint la renommée des icônes du hard rock.

Mais malgré leur son difficilement écoutable, Hose reste un groupe historiquement important pour deux raisons :

  1. Leur EP éponyme de 1983 est le premier disque jamais publié sur le label Def Jam, qui deviendra une institution du hip-hop.
  2. Leur guitariste n’était autre que Rick Rubin, futur co-fondateur de Def Jam et producteur de Metallica, AC/DC, Beabadoobee et bien d’autres.

Dans une interview de 2010 avec Interview Magazine, menée par Anthony Kiedis (Red Hot Chili Peppers), Rubin se remémorait ses influences :

« À 15 ans, j’écoutais du hard rock et du heavy metal… Kiss, Aerosmith, Ted Nugent, et plus tard AC/DC. À 20 ans, j’étais plus dans le punk rock… les Ramones, The Clash, Minor Threat, Black Flag. Entre 15 et 20 ans, autour de mes 17 ans, mon intérêt est passé du hard rock au punk. Et vers 20 ans, je suis revenu à des groupes comme Black Sabbath et Led Zeppelin, que je n’avais pas vraiment explorés avant. »

Des influences respectables, certes, mais cela ne rendait pas pour autant la musique de Hose plus agréable à écouter.

Eric Hoffert (du groupe Speedies), qui a côtoyé le groupe, confiait à New York Magazine en 2011 :

« Ils étaient vraiment affreux. Ils jouaient dans la cafétéria du dortoir Weinstein de la New York University. C’était du grand n’importe quoi, presque dans un délire à la Charles Manson. »

Même Rubin admettait volontiers, dans une interview de 2014 avec Zane Lowe sur BBC Radio 1 :

« Je n’ai jamais eu le sentiment d’être particulièrement bon en quoi que ce soit, mais j’aimais ça et j’y étais passionné… et j’ai toujours apprécié l’aspect théâtral des choses. »

L’EP de Hose comptait aussi trois reprises improbables : une version sans groove de Super Freak de Rick James, une tentative sur Fire des Ohio Players, et une destruction méthodique de You Sexy Thing de Hot Chocolate, rebaptisée You Sexy Thang. Quant aux deux morceaux originaux (Only the Astronaut Knows the Truth et Dope Fiend), ils sonnent comme une version encore moins mélodique de Flipper, ce qui en soi est une performance.

Pour le commun des mortels, cet EP expérimental et souvent inaudible ne semble pas être le tremplin idéal vers une carrière brillante. Mais c’est justement ce qui différencie Rick Rubin du commun des mortels.

Comme il l’expliquait à Zane Lowe :

« C’était du pur punk rock. Et l’énergie initiale de Def Jam, c’était une version plus urbaine du punk rock. C’est comme ça qu’on le voyait : les disques que je produisais à l’époque, c’était des punks qui faisaient du hip-hop. »

D’un groupe punk chaotique à la fondation d’un des labels les plus influents du hip-hop, Rick Rubin a prouvé que même les débuts les plus bancals peuvent mener à une révolution musicale.